Visite insolite de la ville de Charleroi
13 août 2026
On n’avait pas fini de parler de la canicule et de la sécheresse exceptionnelles qui ont profondément marqué l’été de cette année ! Eh oui, ce jeudi 13 août fut le plus chaud jamais enregistré par l’Observatoire d’Uccle avec une température atteignant 34,6 °C au cours de l’après-midi. Mais cela n’a en rien affecté la bonne humeur des 35 participants à cette excursion qui nous a conduits à Charleroi, une ville en pleine mutation.
Après un petit mot d’accueil, nos deux guides André et Béatrice, agrégés d’histoire, nous ont amenés au « Pain Quotidien » situé au boulevard Joseph Tirou où l’on nous a servi un bon café/thé accompagné d’un pain au chocolat. Ensuite, les deux guides nous ont proposé un parcours abondamment documenté permettant de découvrir Charleroi autrement. Ils nous ont révélé les multiples visages de la ville à travers mille histoires en passant par les nombreux secrets d’architecture insoupçonnés mettant notamment l’Art déco en exergue. En effet, les patrons des industries lourdes du passé choisirent les grands boulevards pour y établir leurs logements dans des hôtels à l’architecture moderne.
Bien sûr, nous avons commencé par le boulevard Joseph Tirou. En 1928, pour mettre un terme aux inondations et aux problèmes de salubrité liés à l’état de la vieille Sambre, le remblaiement de l’ancien bras de la rivière est décidé pour ne conserver que sa section canalisée : l’ancienne Sambre est appelée à devenir un boulevard.
Comme d’autres villes wallonnes, Charleroi a dû faire face à une profonde reconversion sociale à la suite de la chute de l’industrie lourde et la fermeture des secteurs comme la verrerie, les charbonnages et une partie des aciéries. Aujourd’hui subsiste la difficulté d’une qualification suffisante de la main-d’œuvre disponible afin de répondre à la demande des industries modernes de pointe qui s’installent en périphérie telles que l’aéronautique, les ACEC, etc. D’un autre côté, Charleroi est reconnue pour son environnement naturel exceptionnel et ses espaces verts : la ville offre une trentaine de terrils, de parcs et d’autres espaces qui sont de véritables « poumons verts », sans citer les nombreux aménagements qui donnent plus de place à la nature et à la biodiversité.
Les guides nous ont d’abord fait découvrir quelques rues et places remarquables en VilleBasse. La chapelle Saint-Fiacre se trouve à la place de l’ancienne chapelle qui dépendait de l’hôpital militaire de la forteresse de Louis XIV. Elle se trouvait à l’origine sur les bords de la Sambre. L’actuelle chapelle est un petit oratoire récemment restauré et orné de plusieurs sculptures intéressantes.
Un peu plus loin, nous avons emprunté la rue Dampremy. Son tracé remonte à plusieurs siècles et elle présente encore aujourd’hui certains vestiges témoignant de l’époque
« forteresse » de Charleroi. N’empêche, lors du comblement du lit de la Sambre, de nombreuses habitations insalubres furent abattues. On peut encore y voir l’escalier des Rames qui se dirige vers le haut de la ville ; il menait à un sentier qui conduisait au pied de la forteresse, où les tisserands mettaient sécher la laine sur des rames en bois. Si la rue Dampremy est l'une des plus anciennes de Charleroi, c'est également elle qui fut la première entièrement piétonne de la ville, dès les années ‘80.
La rue Dampremy aboutissait autrefois au quartier dit « Sale Debout ». Lors du démantèlement de la forteresse, vers 1870, de grands espaces sont libérés permettant la création d’une place arborée qui prend le nom de place de la Digue. Après une longue période de travaux, la nouvelle place de la Digue est inaugurée : désormais piétonne avec un grand parking en sous-sol, elle a à nouveau retrouvé son marché.
Nous sommes ensuite passés devant la rue de la Montagne et avons croisé la statue de Jules Destrée, l’homme à l’origine du développement culturel et social de Charleroi, ministre des Sciences et des Arts et fervent admirateur d’art. Arrivés sur la place Verte, qui fut longtemps une simple prairie entourée de tilleuls, cette caractéristique champêtre lui a valu son nom. Les arbres ont cependant disparu le temps passant. Aujourd’hui, elle est entourée sur les quatre côtés par des bâtiments et est traversée au nord par le boulevard Joseph Tirou.
Un peu plus loin, les guides nous montrent la « Galerie Bernard » reliant le boulevard Joseph Tirou à la rue de Montigny. Le passage rectiligne, de style monumental, est recouvert d’une verrière composée d’une multitude de briques de verre laissant pénétrer la luminosité naturelle. Par son style et son époque de construction, il peut être comparé à la Galerie Ravenstein de Bruxelles, dans une version cependant plus modeste.
Après avoir longé la « plus ancienne » maison de Charleroi et traversé le quartier administratif de la Région wallonne et de la Commune, nous avons rejoint la Maison Regniers située sur le quai Arthur Rimbaud et qui est aujourd’hui la propriété de nos deux guides. Il s’agit d’une splendide pépite architecturale à l’atmosphère Belle Époque. André et Béatrice se sont investis sans compter pour restaurer ce lieu dans son esprit initial tout en faisant en sorte de se l’approprier. La maison a été érigée en 1873 en bordure du canal de la dérivation, c’est-à-dire la Sambre actuelle, sur les terrains libérés par la démolition des fortifications de la Ville-Basse. Elle a été rachetée en 1888 par la famille Regniers qui y vivra durant trois générations. Derrière la façade de style classique et d’une grande sobriété, nous avons découvert un intérieur rempli de verrerie et vitraux. Il faut dire que la famille Regniers a travaillé dans l’import-export de verrerie, ce qui explique la présence de nombreux vitraux réalisés par les grands Maîtres verriers de Charleroi. Dans le salon trône une cheminée très rustique entièrement ornée de carreaux de Boch & Guérin.
Nous avons pris le repas de midi au « Quai 10 », un véritable centre d’animation et de vie : brasserie, cinéma, salles d’exposition, espace dédié au gaming, résidence d’accueil d’entreprises créatives … Le lieu se profile comme le centre de culture moderne.
Ensuite, Thierry nous a emmenés pour un circuit sur les grands boulevards de Charleroi. Notre parcours à travers la ville nous a amenés devant le Grand Palais, anciennement nommé Palais des Expositions, l’Eden (Centre culturel régional), la Caserne Trésignies, l’Institut Arthur Gailly et bien d’autres sites remarquables et connus.
Nous avons fait une première halte à « l’Université du Travail ». Le prodigieux essor du Pays Noir dans la seconde moitié du XIXe siècle engendra un développement rapide de l’enseignement technique. L’Université du Travail est inaugurée en 1911, un mois après l’ouverture de l’Exposition internationale de Charleroi. Le grand hall d’accueil est caractérisé par un décor grandiose et raffiné : il est orné de lustres et son pavement est couvert de mosaïques. Il est éclairé par trois grandes verrières ornées de superbes vitraux représentant le fer, le verre et le charbon, trois piliers de l’industrie régionale. Nous avons également pu jeter un coup d’œil dans la Bibliothèque Alfred Langlois installée dans un bâtiment de style Art déco. À l’époque, ses rayonnages se garnissaient d’ouvrages techniques ; aujourd’hui, elle est une des plus riches bibliothèques de la province. La rénovation de l’atrium s’est terminée en 2007 : une belle réussite !
Bien sûr, la visite de l’Hôtel de Ville ne pouvait pas manquer au programme. Inauguré en 1936, il s’agit d’un ouvrage Art déco exceptionnel en tous points, de l’utilisation de matériaux nobles, à l’imposant beffroi en passant par la forme monumentale de l’ensemble, ainsi que les chefs-d’œuvre qui agrémentent les salles et les couloirs.
Une verrière met en scène la magnifique décoration de l’escalier d’honneur orné de plusieurs sculptures et de bas-reliefs. Depuis le premier étage, le puits central offre une vue dans les profondeurs de l’Hôtel de Ville et permet d’apprécier réellement l’univers Art déco. Dans une des salles se trouve une gigantesque maquette de la forteresse de Charleroi permettant de visualiser le développement de la ville depuis ses origines. La salle du Conseil est abondamment éclairée par les sept ouvertures de la façade principale, garnies de vitraux aux armes des chefs-lieux des sept cantons de l’arrondissement, et par trois lustres comptant 90.000 perles en cristal du Val-Saint- Lambert.. Nous avons terminé notre visite par la salle des Fêtes. Une atmosphère feutrée, l’harmonie des courbes et des volumes ainsi que la richesse du décor donnent à cette salle un cachet unique. La scène est décorée d’un bas-relief doré à la feuille dû au sculpteur Marcel Rau. Au total, la salle peut contenir 1.100 spectateurs, mais des contraintes de sécurité en raison des travaux en cours limitent fortement son utilisation à l’heure actuelle.
À quelques pas de là, nous avons terminé nos visites par la « Basilique Saint-
Christophe ». Louis XIV décréta la construction d’une chapelle destinée à la garnison et dédiée au culte de saint Louis, ancêtre direct du roi. La pierre de fondation de la chapelle Saint-Louis est incrustée dans le mur avec le millésime de 1667. C’est au XVIIIe siècle que l’édifice sera agrandi et rendu au culte de saint Christophe, autrefois vénéré dans la chapelle du hameau de Charnoy disparu lors de la construction de la place forte. Aujourd’hui, tous les Carolos parlent unanimement de basilique en évoquant cette église avec son dôme de cuivre culminant à 48 mètres de hauteur. Le dôme est flanqué de quatre tourelles surmontées de statues allégoriques représentant les quatre évangélistes, œuvres monumentales réalisées par Charles De Rouck, Alphonse Darville, René Harengt et Michel Stiévenart.
Bien que restés tout l’après-midi à l’ombre, nous étions contents de nous retrouver autour d’une table pour clôturer ce périple avec le traditionnel verre de l’amitié.
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