Val-Saint-Lambert,
200 ans de tradition
20 septembre 2026
Cette année, le Val-Saint-Lambert célèbre son bicentenaire : un savoir-faire unique réputé dans le monde entier ! Il y a exactement deux siècles qu’étaient soufflées les premières pièces en cristal en bord de Meuse. Bien sûr, cela se fête et c’était pour nous l’occasion de participer à cet événement et de revivre deux siècles d’innovation, de gestes et de mémoire. Le programme sur place comportait trois parties : l’exposition « Cristal Vivant » au musée, le spectacle « Luminal Crystallis » à l’abbaye et, pour terminer, un moment convivial à la « Brasserie du Jardin du Val ».
À l’occasion du bicentenaire, l’exposition « Cristal Vivant » au Val-Saint-Lambert a rassemblé de nombreuses pièces emblématiques dont certaines viennent de collections privées. À l’aide de superbes œuvres exposées dans une longue vitrine, deux guides passionnées nous ont expliqué l’évolution artistique de la production du Val-SaintLambert, en visualisant entre autres les différentes techniques de production à chaud et à froid, les styles, les créateurs, les artistes … En 1826, l’entreprise comptait une quinzaine d’ouvriers. À l’époque, les Cristalleries produisaient beaucoup de pièces très taillées, puis elles ont commencé à réaliser des pièces noires soufflées. Et c’est ainsi que sont nés les fameux vases en cristal Hyalite sur lesquels des décorateurs venaient peindre des décors et paysages japonais.
C’est aussi l’époque des pièces dites « à l’urane », telles que le fameux vase « Hibou » vert, caractérisé par trois couleurs superposées et qui est taillé à l’intérieur et à l’extérieur. Dans cette même catégorie, citons encore les vases « Wagons-Lits » créés pour la compagnie du même nom, commémorant le 25e anniversaire (1873-1898) de sa fondation à Liège par Nagelmackers.
L’entreprise a séduit les plus grands designers durant toutes les époques et a participé à des salons prestigieux comme l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris, dont les pièces Art déco sont encore très prisées aujourd’hui. Vers 1900, le réseau commercial couvrait le monde entier. On y appliquait entre autres la technique de la fluorogravure. Au début du XXe siècle, plus de 125.000 objets y étaient fabriqués par jour dont 90 % étaient destinés à l’exportation. À cette époque sont créés les plus grands lustres en cristal au monde : deux lustres monumentaux, pour le palais du maharadja Gwalior en Inde. Pesant 3,5 tonnes et mesurant 13 mètres de haut, l’architecte aurait fait tester la résistance du plafond en menant 10 éléphants au premier étage. Mais la Première Guerre mondiale vient interrompre cette production en plein essor.
Dans les années 1920 est apparu la galvanoplastie. Mais dix ans plus tard, le verre de luxe était en crise, jugé trop cher et un peu démodé ; la mécanisation et l’automatisation ont alors fait une entrée en force dans le verre commun. Mais survient alors la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle le Val-Saint-Lambert a pu conserver ses ouvriers qui échappèrent ainsi à la déportation. À son lendemain, les tendances stylistiques évoluèrent rapidement au profit du cristal étiré, demandant moins de travail que le cristal taillé.
Toutefois, la grande époque était passée. Le Val-Saint-Lambert connut toujours une production prestigieuse de grande qualité artistique, mais la puissance économique n’y était plus. Le nombre de personnes employées déclina, les ennuis financiers s’accumulèrent, les repreneurs de l’entreprise se succédèrent. Aujourd’hui, l’effectif a été réduit à une quinzaine de personnes, essentiellement des jeunes artisans, qui produisent encore autour de 100 000 pièces uniques et originales par an.
Après cette partie historique, les guides nous ont emmenés à travers un petit parcours ludique avec cinq sculptures monumentales en verre réalisées par l’artiste Bernard Tirtiaux de Fleurus, à la fois maître verrier, homme de théâtre, écrivain … Le kaléidoscope, l’orgue, la harpe, la fontaine de lumière et l’igloo nous ont procuré une véritable découverte sensorielle du verre.
Puis, il y a le « Vase des neuf provinces » habituellement exposé au Grand Curtius à Liège. Imposant chef-d’œuvre de la fin du XIXe siècle, ce vase a été réalisé par le dessinateur et créateur Léon Ledru pour l’Exposition universelle d’Anvers en 1894. C'est une pièce unique qui représente près de deux mille heures de travail. L'ensemble est constitué de 85 éléments montés sur une structure de 2,25 mètres de haut et pèse 200 kilogrammes.
En sous-sol, l’exposition permet de remonter le temps. Une place importante y est consacrée aux verriers égyptiens qui utilisaient déjà des techniques de fabrication avancées pour créer des objets en verre à la fois esthétiques et fonctionnels.
Ils ont notamment été les pionniers dans l’utilisation du verre soufflé, une technique qui n’était pas encore connue à l’époque.
La dernière salle met en avant l’aspect social prôné par la Cristallerie du Val-SaintLambert. Elle raconte que le quartier comptait quelque 250 maisons avec des magasins, écoles, infirmeries, diverses actions sociales … où vivaient les familles actives sur le site.
« Lumina Crystallis » : le Val-Saint-Lambert était plongé au cœur de la légende avec le spectacle « La Légende du Comte de Monte-Cristal » de Luc Petit, directeur artistique, concepteur et metteur en scène internationalement reconnu. Avec ce spectacle, Luc Petit a poursuivi cette volonté de faire dialoguer imaginaire, grandes histoires et patrimoine, en plongeant cette fois le public au cœur de l’univers et de l’histoire de la Cristallerie du ValSaint-Lambert. Sur scène : chanteurs lyriques, musiciens, danseurs, acrobates, artistes de cirque, voltigeurs aériens ; au-dessus d’eux : des projections monumentales qui épousent l’architecture de l’abbaye ; partout : une musique qui porte chaque geste, chaque regard. Au total, la présentation comptait quinze séquences dont voici un aperçu.
La Légende du Comte de Monte-Cristal est ainsi à la fois une aventure inspirée de MonteCristo, un voyage dans l’histoire du Val-Saint-Lambert et une grande métaphore sur la transformation : du sable au cristal, de l’ombre à la lumière, de la chute à la renaissance.
Edmond Dantès (en référence au personnage principal du roman d’Alexandre Dumas) devient ici le Comte de Monte-Cristal et son destin fait écho à celui de la cristallerie : tous deux sont brisés, traversent des épreuves et le feu, avant de renaître transformés.
Tout simplement époustouflant ! Ajoutons encore que le sabre de cristal de ce spectacle est une pièce unique spécialement conçue par Constant Beerden, artisan verrier de la Cristallerie du Val-Saint-Lambert.
Tenus en haleine pendant le spectacle, nous avions évidemment beaucoup de choses à raconter, une raison incontournable pour prolonger le plaisir autour d’une bonne table à la « Brasserie du Jardin du Val ». Une salle était spécialement réservée pour nous, un cadre paisible qui nous a procuré un moment très convivial.
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